PLATEFORME D’ORGANISATION DES COMMUNISTES LIBERTAIRES – 1926

Durant la séquence révolutionnaire russe qui s’étend des années 1860 aux années 1920, de nombreux groupes anarchistes et communistes libertaires voient le jour en Russie et participent à la lutte acharnée contre l’État autocratique tsariste. Le plus célèbre de ces groupes est l’Armée révolutionnaire insurrectionnelle ukrainienne (la Makhnovtchina) qui instaura des soviets communistes libertaires sur une large part du territoire ukrainien entre 1918 et 1921. La Makhnovtchina, en lutte contre les Rouges et les Blancs, fut finalement défaite par les bolcheviques, ce qui entraîna l’exil de plusieurs de ses dirigeants et de ses partisans.

Beaucoup de maknovistes et d’anarchistes russes, installés en France, reprirent dès le début des années 1920 leurs activités subversives. On voit ainsi Makhno (leader historique de l’armée éponyme d’Ukraine), Archinov ou encore Voline participer aux cercles anarchistes de Paris. Un problème se pose alors à ces cercles immigrés radicaux : celui de l’organisation. D’un côté, Archinov et Makhno proposent une plateforme sur la base de laquelle pourront s’organiser les communistes libertaires. D’un autre, Voline et l’anarchiste français Sébastien Faure proposent de synthétiser (sans base commune…) les divers courants anarchistes, qui auraient déjà selon eux un projet commun : l’instauration d’un monde sans propriété privée et sans oppression. Ils considèrent que les divergences entre les tendances ne sont que des erreurs de communication entre elles. En 1926, Archinov, Makhno, Ida Mett, Valesvsky et Linsky publient leur « programme », la Plateforme d’organisation des communistes libertaires. Cette proposition cohérente d’organisation des communistes libertaires est vite taxée, par certains anarchistes, de « tentative de bolchevisation » de l’anarchisme… Ces mécontents, dont Voline, répondront à la Plateforme de 1926 (aussi connue sous le nom de Plateforme d’Archinov) dans une malveillante Réponse à la Plateforme. Ce sont là les bases du débat connu sous le nom de plateformisme contre synthésisme. Nous pourrions dire, le débat entre la volonté d’organiser les anarchistes selon un programme commun (que tous doivent reconnaître) contre la volonté de coaliser les groupes nominalement anarchistes selon leurs sensibilités vaguement communes.

Le débat dura un temps dans les milieux de l’immigration russe révolutionnaire. C’est par ailleurs un débat qui dure toujours, à savoir : devons-nous nous donner une base théorique commune claire et une organisation ou devons-nous simplement nous reconnaître verbalement les uns les autres, sans prendre d’engagements les uns envers les autres ?

S’engager dans la Révolution, c’est prendre le risque de s’engager en commun, avec de communes responsabilités, du moins nous semble-t-il. L’organisation n’est pas un déni de notre liberté, elle est un vecteur de gain en puissance. Eh oui, nous sommes plateformistes…

Pour de plus amples informations sur la Makhnovtchina et les débats organisationnels dans les milieux de l’immigration russe durant les années 1920, on consultera avec profit les Mémoires et écrits de Nestor Makhno, aux éditions Ivrea (parus en 2010).

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