COLONIALISM CONTINUES – Entrevue avec Wolverine

Au début des années 1990, une tradition secwepemc, la danse du Soleil, est réactivée par des spiritualistes de cette nation. La cérémonie a lieu une fois par année (en juillet) aux abords du lac Gustafsen (en Colombie-Britannique), au lieu dit Ts’peten. La cérémonie s’étend sur quelques jours, puis les participants délaissent le lieu pour le reste de l’année. Peu à peu, les spiritualistes secwepemc réclament la terre, notamment par une pétition à la Reine.

À l’été 1995, un fermier local se dispute avec avec les officiants secwepemc. Le fermier revient peu après accompagné d’une dizaine de ses copains cow-boys pour menacer les participants à la cérémonie. Un des cow-boys déclare que « c’est une bonne journée pour lyncher quelques nègres rouges ». Percy Rosette, le chef spirituel secwepemc en charge de la cérémonie, décide alors de faire appel à des défenseurs (defenders) de sa nation pour protéger les autochtones présents à Ts’peten. La tension monte entre les cow-boys locaux et les Secwepemc (maintenant protégés par leurs defenders) qui décident d’occuper leur lieu sacré pour le protéger : les Secwepemc proclament leur souveraineté sur ce territoire non-cédé.

Le 18 août 1995, la GRC (déjà présente à proximité de Gustafsen Lake) décide d’intervenir pour déloger les Secwepemc. C’est le début d’un des affrontements les plus violents entre autochtones et policiers canadiens des dernières décennies (avec la Crise d’Oka en 1990 ou l’affrontement d’Elsipogtog en 2013). Durant 31 jours, les defenders secwepemc et les hommes de la GRC s’affronteront. Plus de 400 policiers fédéraux seront déployés, supportés par l’opération militaire Wallaby, et plus de 77 000 coups de feu seront tirés par les flics fédéraux sur les occupants. Alors que les Secwepemc affirment seulement leur droit d’usage d’un site sacré leur appartenant de droit et non-cédé, l’État canadien répond par la violence coloniale la plus crue. Cet épisode met une fois de plus en valeur la détermination des peuples autochtones à préserver leurs territoires et leurs lieux sacrés, ainsi que la politique coloniale de l’État canadien, incapable d’accepter quelque demande que ce soit venant des peuples autochtones. En effet, un des traits les plus caractéristique du colonialisme reste le refus absolu de partager la souveraineté avec les premiers occupants, qui doivent être chassés par tous les moyens nécessaires. Le colonialisme veut tout le territoire et ne recule devant aucune violence pour l’obtenir.

La crise prend fin le 17 septembre 1995, alors que les defenders secwepemc sont forcés de se rendre devant la dureté des conditions du siège à leur endroit. Des négociations avaient précédemment eu lieu avec avec Ovide Mercredi, alors chef de l’Association des Premières Nations, mais rien de concluant n’en était sorti (l’APN n’étant plus qu’un appendice du gouvernement et de sa politique coloniale…) Les defenders doivent donc se rendre sous peine de mourir, et ils seront punis pour leur héroïque résistance. Le gouvernement canadien ne veut pas voir se reproduire à grande échelle des « crise d’Oka »…

Durant toute la durée de l’affrontement, la violence policière coloniale s’est accompagnée d’une campagne de diffamation contre les occupants autochtones de Ts’peten, qualifiés de bandits et de terroristes. Quinze personnes seront condamnés à la prison suite à cet affrontement, dans un climat de colonialisme crade, où les premiers occupants légitimes d’un territoire sont emprisonnés pour avoir fait usage des terres qui leur reviennent.

Le climat de racisme durant cette crise est à tel point frappant que lorsque que le gouvernement du Canada voudra extrader le militant James Pitawanakwat, qui s’était réfugié aux États-Unis suite à la crise, une juge de l’Oregon refusera cette extradition. Les raisons qu’elle avancera pour refuser d’extrader Pitawanakwat sont que le gouvernement canadien s’en est pris à un groupe autochtone qui a occupé légitimement un territoire non-cédé lui appartenant, que c’est donc le gouvernement canadien qui occupe illégalement ce territoire, et que de plus, la campagne de désinformation et de diffamation du gouvernement canadien contre les occupants secwepemc ne garantit pas un procès équitable à Pitawanakwat. Si ce militant ne croupit pas dans les geôles coloniales du Canada grâce à la juge Janice Stewart, il est à ce jour séparé de sa famille et de ses amis dans son exil américain ; le gouvernement du Canada maintient ses accusations iniques à son endroit.

Dans une entrevue de William Jones Ignace (Wolverine), leader militaire des Secwepemc durant la crise de Gustafsen Lake qui fut condamné à 8 ans de prison par l’État colonial canadien, datant de 1996, les racines coloniales et illégitimes des pratiques de l’État canadien sont explicitées. Cette entrevue est en anglais ; nous espérons en donner une traduction sous peu. Ce texte figure dans la brochure ci-dessus, que nous souhaitons aussi mettre en ligne, puis en traduction.

On peut aussi trouver une grande somme de documents sur la crise de Gustafsen Lake sur le site du SISIS (Settlers in Support of Indigenous Sovereignty). Nous vous conseillons en particulier le numéro 3 de Source of Resistance, défunt magazine anarchiste en support aux luttes autochtones.

On trouvera enfin une longue description et une analyse détaillée de la crise de Gustafsen Lake sur le site de Warrior Publications – dans une perspective radicalement anti-coloniale et anti-gouvernementale.

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